LE VOUVOIEMENT DE LÉAU

  • 2014-12-24
  • Benito García
  LE VOUVOIEMENT DE LÉAU

Le développement technologique survenu ces dernières années a augmenté notablement l’efficacité dans la génération d’eau dessalée, ainsi que dans le traitement et récupération des eaux en vue de leur réutilisation. 

Cependant, l’augmentation continuelle des coûts de l’énergie, et plus concrètement de la facture de l’électricité, a constitué un obstacle initial au développement et à l’utilisation des installations malgré l’amélioration parallèle dans la capacité technologique et les progrès de l’ingénierie de l’eau.

Le Gouvernement a admis que la facture de l’électricité a augmenté de 71% dans la dernière décennie (El Confidencial, 18/09/2013), mais la réforme de février 2014 a introduit des ajustements qui, selon l’organisation des consommateurs OCU, affectent de façon inégale les consommateurs et « pénalise celui qui consomme peu » (Público.es, 03/02/2014).

De ce fait, et une fois de plus, la question n’est pas de savoir combien il faut investir et quels sont les coûts de maintenance et de la consommation pour traiter l’eau, mais de sentir la nécessité urgente d’agir et les conditions favorables de la situation actuelle, après la baisse des coûts de l’énergie.

Cet aspect dissuasif surmonté, c’est-à-dire l’augmentation disproportionnée corrigée depuis peu par une approche plus favorable, est précurseur d’un point d’inflexion dans le monde de l’eau, qui s’additionne à la prévisible amélioration des possibilités de financement et aux taux d’intérêt bas. On peut souligner le fait que l’Euribor est à son niveau le plus bas de son histoire depuis le 05/06/2014 où il s’est établi à 0,150% (http://es.euribor-rates.eu/).

 

Mais les raisons pour lesquelles la « sèche Espagne », et en particulièrement la zone  méditerranéenne, a un besoin impératif en eau est ancrée fondamentalement dans les conséquences du changement climatique.

Selon le Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de l’Environnement, « le changement climatique, avec la conséquente augmentation de la température et, en Espagne, avec la diminution des précipitations, causera une diminution des apports hydriques et une augmentation de la demande en systèmes d’irrigation » (http://www.magrama.gob.es/es/cambioclimatico/temas/).

Comme le signale la Commission Européenne, « cette vulnérabilité est due à des situations de pénurie permanente d’eau, à la détérioration de sa qualité, à la demande supérieure en eau de la part d’une population croissante, au développement du tourisme et à une augmentation de la demande en eau pour l’irrigation » (http://www.iamz.ciheam.org/medroplan/guidelines).

Il se trouve que le littoral méditerranéen espagnol, qui souffre de sécheresse chronique, est d’une part la zone la plus densément peuplée d’Espagne, d’autre part la destination d’une bonne part des plus de 60 millions de touristes accueillis par année selon l’Institut d’Etudes Touristiques (IET) dépendant du ministère de l’Industrie, et enfin le territoire qu’occupe notre très développée agriculture intensive qui fournit une part importante de l’Europe en fruits et légumes. 

De ce fait, le processus de dessalement, vu comme alternative progressive et à nouveau durable pour garantir la fourniture d’eau, se déploie devant les organismes, les autorités, les entreprises et le public, comme outil fondamental avec lequel prendre les mesures nécessaires et avec une avance suffisante, de façon à atteindre l’indispensable augmentation de la disponibilité des ressources hydrauliques et ce, à un prix abordable.

Devant un futur avec toujours moins de précipitations, avec l’augmentation de la température et de l’insolation et donc de l’évaporation, nous ne pouvons plus vivre en tournant le dos à la mer mais au contraire en portant notre regard vers cette ressource inépuisable qui s’étend à l’infini devant nous, mais également vers le traitement des eaux déjà utilisées et présentes dans le sous-sol, ce qui est loin d’être une mince affaire.

L’inventaire, les utilisations et les nécessités des eaux souterraines, ainsi que les services liés à l’eau, doivent être établis selon le RD. 907/2007 sur le Règlement de Planification Hydrologique, dans lequel des compétences sont déléguées au Ministère de l’Environnement mais aussi à celui du Développement (voir https://www.chsegura.es/chs/planificacionydma/planificacion/).

Cependant, faire réalité le miracle du dessalement o du traitement des eaux souterraines n’est pas une tâche simple car il s’agit de combiner habilement un ensemble de disciplines, de dispositifs, de membranes, de pompes, de filtres en passant par la juste combinaison de dessins, de matériels, de parties et de composantes qui garantissent la durabilité et la fiabilité face à un milieu agressif et corrosif comme la saumure saturée, notamment le chlorure de sodium,  qui, comme tout le monde le sait, oxyde l’inoxydable.

C’est en partie pour le dessalement, en partie pour le traitement des eaux pour l’irrigation et pour d’autres utilisations industrielles et urbaines, qu’en Espagne, nous sommes leader mondial dans cette branche du savoir, ayant passé une longue période depuis l’inauguration  en 1964 de la première usine de dessalement à Lanzarote (http://www.gobcan.es/noticias/), alors qu’aujourd’hui il existe presque mille installations de ce type, avec une production de 1,2 millions de m3 par jour, selon l’Association Espagnole de Dessalement et Réutilisation (AEDYR).

De même, la baisse du prix de l’eau dessalée non seulement facilite son expansion, mais aussi peut servir de catalyseur pour provoquer un important saut technologique dans le développement de tels processus. En Espagne, selon les prévisions et en tenant compte des projets en cours de réalisation et ceux  dont l’exécution est imminente, l’augmentation du dessalement à court et moyen terme par rapport à la quantité actuellement produite s’élèverait à plus de 400 hm3 par an, comme le démontre le Libre Blanc de l’Eau (voir http://www.magrama.gob/es/agua/temas/planificacion-hidrologica/).

Le dessalement est une facette parmi les différentes que possède le polyèdre du traitement de l’eau, qui a besoin d’une double activation pour un rendement optimal, d’une part des installations actuelles et, d’autre part, des installations du futur qui doivent être planifiées pour qu’elles puissent arriver. C’est pour cette raison que nous devons mener à bien un traitement de l’eau équivalent un vouvoiement, dans le sens donné par l’Académie Française : la deuxième personne du pluriel comme forme de courtoisie et de respect, car respecter l’eau et la traiter avec courtoisie permettra d’en disposer en quantité suffisante et rendra finalement notre vie plus facile.

Benito García.

Ingénierie de la qualité de RLM.